vendredi 29 février 2008

Le Coltan du Sang au Kivu

Gizenga : un immobilisme coupable

Par Le Potentiel
Le Premier ministre a accompli un an de pouvoir. Jour pour jour. Un anniversaire. Une opportunité pour faire un bilan, selon les us et coutumes des hommes au pouvoir. Mais silence radio du côté de la Primature. Motus et bouche cousue. Pourquoi ? Rien à dire sur douze mois de règne à la tête du gouvernement pour cerner les préoccupations de la population tant sur la situation économique, sociale, sécuritaire, voire politique ? Antoine Gizenga, Premier ministre, ne pipe mot, loupant là une occasion propice. Son silence n’a d’égal que cet immobilisme coupable relevé par l’opinion publique.
Le 22 février 2007, le Premier ministre Antoine Gizenga s’est présenté avec son équipe devant l’Assemblée nationale pour solliciter l’investiture de son gouvernement. Il l’obtiendra 48 heures plus tard, soit le 24 février 2007. C’était sur la base d’un programme ambitieux, étalé sur cinq ans, et évalué à plus de 14 milliards Usd, que l’Assemblée nationale a donné son feu vert. Voilà donc une année que le Premier ministre est aux commandes du premier gouvernement de la 3ème République. En acceptant cette charge, il s’est engagé devant le peuple à tout mettre en œuvre pour bâtir un « pays plus beau qu’avant ».
Une année après cet événement, l’on est en droit de s’interroger sur ce qu’a été l’action des gouvernements Gizenga pendant ces 365 jours. Le Premier ministre a-t-il tenu ses promesses ? Continue-t-il à naviguer à vue alors que l’espoir de tout un peuple reposait sur ce premier gouvernement ? Y a-t-il eu des réussites ? Y a-t-il des échecs ? Quelles sont les perspectives d’avenir ?
En ce jour anniversaire, le Premier ministre devrait répondre à ces interrogations pertinentes. Faire un état de lieux semblable au discours de « l’état de la Nation » comme l’avait fait le président de la République, le 6 décembre 2007, jour pour jour après son investiture le 6 décembre 2006. Pourquoi le Premier ministre ne s’est-il pas imposé cet exercice devenu classique dans la gestion moderne des Etats ?
SILENCE ANORMAL
Cet anniversaire constitue une opportunité pour s’adresser au souverain primaire et lui rendre compte de la manière dont la chose publique a été gérée pendant un an. Cela dans tous les secteurs de la vie nationale, notamment économique, financier, social et sécuritaire. Or, cette journée est passée comme une journée ordinaire. Sans éclat. Sans aucune manifestation ni à la primature, ni au gouvernement. Comme si de rien n’était. Un silence anormal. En une année d’exercice du pouvoir, le Premier ministre devrait faire une déclaration. Ne serait-ce que faire valoir son « bilan d’étape ». Car, il doit des explications sur plusieurs préoccupations de l’opinion publique.
Qu’en est-il du dernier raté du programme de son gouvernement avec les institutions de Bretton Woods ? Ce qui amenuise les espoirs concernant l’atteinte du point de l’avènement dans le cadre du programme PPTE. Les dépassements budgétaires ont été à leur comble au dernier trimestre. Le franc congolais pique toujours du nez. Dans ce domaine précis, le gouverneur de la Banque nationale a eu le courage de reconnaître les insuffisances du gouvernement et de l’institution monétaire. Mais silence du côté de la Primature.
L’insécurité demeure persistante aux frontières et partout dans le pays. Les mouvements rebelles naissent au jour le jour, bravant l’autorité de l’Etat.
Pendant ce temps, le front social gronde, les grèves se succèdent, les prix s’emballent sur le marché. Les observateurs ne perçoivent pas de visibilité effective du démarrage des cinq chantiers du gouvernement.
Le constat est que, une année après son investiture, le gouvernement – même dans sa forme remaniée – bat de l’aile. Bien plus, il tâtonne et semble ne pas être en mesure d’affronter les grands défis de la 3ème République. Pas de signaux forts incarnant l’autorité de l’Etat, sa volonté d’opérer réellement un vrai changement. L’immobilisme est manifeste. Comme le célèbre Titanic, l’équipe de Gizenga semble se contenter de ce silence anormal, de cet immobilisme démobilisateur, poussant ainsi le navire à la dérive pendant que « son orchestre » continue à jouer la valse, sans s’interroger sur le sort des passagers, c’est-à-dire le peuple congolais.
MEMES CAUSES, MEMES EFFETS
En février 2007, le Premier ministre reconnaissait, dans le contrat de gouvernance publié pour la période mars-décembre 2007, que « la mauvaise gouvernance est à l’origine de la crise actuelle en RDC ». Sans doute, le chef du gouvernement s’inspirait des pratiques hasardeuses au niveau des finances publiques qui ont fait chavirer en mars 2006 le programme économique du gouvernement, mettant en péril les rapports entre le Fonds monétaire international et la RDC.
Sur ce même document, le Premier ministre faisait remarquer que « la mauvaise gouvernance n’a en effet pas permis aux richesses du pays d’améliorer les conditions de vie du plus grand nombre ; elle a entraîné ainsi la déconfiture de l’Etat, précipitant le pays dans la guerre ».
Dans la série des actions à engager à très court terme, le Premier ministre promettait de « renforcer la gouvernance démocratique, la participation des citoyens et l’accès à la justice, de promouvoir les droits de l’homme, de renforcer la transparence, l’obligation de rendre des comptes et l’efficacité des institutions publiques et d’améliorer la capacité de la Société civile à participer aux processus d’élaboration des politiques et aux débats ».
Pour y parvenir, le gouvernement subdivisait les priorités dans le domaine de la gouvernance en sept catégories d’actions relatives respectivement à la réforme du secteur de la sécurité ; la transparence ; la gestion des finances publiques ; la gestion des ressources naturelles ; la réforme de l’administration publique ; la gouvernance locale ; le climat d’investissement et la réforme des entreprises publiques.
Dans son entendement, la réussite d’une telle épreuve était conditionnée à la reprise immédiate de la coopération autour d’un accord formel avec le Fonds monétaire international, seule institution à garantir, auprès d’autres bailleurs de fonds, de la capacité de la RDC à demeurer sur la voie des réformes. De la conclusion d’un second programme triennal avec le FMI, il en était question en 2007. Celle-ci a été finalement reportée en 2008, en attendant que le gouvernement mette de l’ordre dans ses finances. Il apparaît de plus en plus que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Le premier programme économique du gouvernement (31 mars 2006) a achoppé sur le désordre dans la gestion du compte du Trésor. Cela a refait surface, de manière tout à fait éhontée et presque institutionnalisée. Toutes les procédures prévues dans la chaîne de la dépense publique sont mises au placard. La bonne gouvernance demeure un slogan creux, sinon une notion virtuelle. Au point qu’avant Gizenga est bien égal à l’exercice qu’il vient d’accomplir. Sans tenir les promesses faites, notamment celle de restaurer l’autorité à l’Etat. Toutes ces contre-performances méritent bien une explication pour souligner la responsabilité politique du gouvernement. Hélas.
Le silence de Gizenga en ce premier anniversaire de son équipe inquiète. Pour nombre d’observateurs, le silence du Premier ministre est le signe d’un aveu d’impuissance à changer le Congo, à transformer les mentalités. Preuve patente d’un gouvernement qui navigue à vue, ayant perdu tous ses repères et ne sachant plus s’arrimer aux axes tracés dans son programme du gouvernement. Inquiétant devant cet immobilisme coupable.

mardi 26 février 2008

Un ministre pris en otage à Lubumbashi

Des tirs à l’arme automatique ont éclaté hier vers 16 heures 30 au niveau de la grande place de la Poste à Lubumbashi et plus précisément aux alentours du Park Hôtel. Il s’en est suivi une débandade générale parmi les vendeurs, badauds et autres passants qui fréquentent régulièrement cette place bien en vue dans la capitale cuprifère. Qui a tiré ces coups de feu ? Selon des témoins oculaires, ce sont des agents de la police dépêchés sur les lieux qui ont tiré en l’air pour disperser la foule des militants du parti UNAFEC/Kyungu rassemblés en ce lieu pour mettre la main sur un membre du gouvernement central en mission au Katanga et qui se trouve être le représentant au gouvernement du parti Unafec/Kisimba Ngoy.

Toujours selon ces mêmes témoins oculaires, c’est depuis tôt hier matin que l’on a vu se déployer des femmes et des hommes vociférant des menaces, scandant des slogans hostiles à Me Kisimba Ngoy et annonçant qu’ils allaient déloger le ministre des Affaires Foncières au plus tard vers 12 heures. Bien entendu, ces cris lancés à tue-tête à l’un des endroits les plus fréquentés de la capitale cuprifère a capté l’attention de toute la ville, à telle enseigne que tout le monde a pris la route du Park Hôtel pour vivre de près les événements considérés comme un véritable défi lancé à la fois contre l’autorité et les forces de l’ordre.
Présentes sur les lieux depuis 9 heures, les dites forces se sont longtemps contentées d’observer les militants de l’Unafec dont le nombre ne cessait de gonfler devant eux.
Pendant ce temps, le ministre des Affaires Foncières était bloqué dans sa chambre, protégé par les agents de ce ministère travaillant dans la capitale du cuivre et qui s’étaient présentés à l’hôtel dès les premières heures en vue de mettre la dernière main aux documents relatifs aux réunions que leur chef devait avoir dans la journée. On se demande ce qui serait arrivé si ces hommes n’avaient pas été là au moment où les premiers manifestants sont arrivés.

L’aile Kyungu attendait Kisimba Ngoy

Selon certaines sources, les supporters de Kyungu s’attendaient à une visite de Me Kisimba Ngoy et se seraient préparés depuis 48 heures pour le «corriger». A la place de Kisimba, c’est le ministre des Affaires foncières, Me KABUKAPWA qui a fait le déplacement de Lubumbashi pour une mission officielle du gouvernement de la République. Ce dernier, à leurs yeux aurait été envoyé en éclaireur pour préparer l’arrivée du bâtonnier Kisimba Ngoyi. Autrement dit, les commanditaires de ce coup savaient que c’est le ministre des Affaires Foncières qui se trouvait à Lubumbashi et non le bâtonnier Kisimba Ngoyi. Donc, c’est en âme et conscience que ce coup a été perpétré. Le crime de ce ministre, c’est le fait d’avoir été présenté par Kisimba Ngoyi sur la liste des candidats de l’UNAFEC au gouvernement.
Mais ce qui intrigue, c’est que dès le matin, les forces de la police locale pourtant alertées n’ont pas réagi avec fermeté face aux menaces de cette foule manifestement chauffée à blanc. De sorte que les manifestants se sont en quelque sorte sentis encouragés jusqu’au point de bloquer l’Hôtel, plaçant pratiquement tous ceux qui y résidaient en situation d’otages.
Dieu merci, ce sont des agents de la division provinciale des Affaires Foncières venus accueillir leur ministre qui, révoltés et scandalisés, ont formé une ceinture de sécurité devant sa chambre jusqu’aux environs de 16 heures 30 lorsque des éléments de la police dépêchés par le gouvernorat se sont mis à tirer des balles en l’air pour disperser la foule des manifestants. Fort heureusement, ,on n’a déploré jusque là aucun blessé ni mort tant au niveau du Park Hôtel que dans les communes périphériques de Kenya, Kamalondo et Katuba. Mais la tension était si forte que les véhicules ont évité d’emprunter cette place durant toute la journée d’hier. Selon notre correspondant local, hier dans la soirée le calme était revenu dans la capitale cuprifère. La question qui se pose à ce stade des débats est celle de savoir jusqu’où iront ces extrémistes et que ne pourront-ils pas se permettre le jour où la décentralisation, toujours mal comprise, deviendra une réalité? L’avenir du pays fait peur, surtout dans un contexte où il y a manifestement absence d’autorité de l’Etat.

lundi 25 février 2008

Acte d’engagement de Goma : déjà un chiffon

Face aux entourloupettes du CNDP-Nkunda et des Maï-Maï

Par Le Potentiel

Plus de vingt violations du cessez-le-feu depuis la fin de la Conférence de Goma sur la paix, sécurité et développement des provinces du Nord et du Sud-Kivu ; suspension de la participation du CNDP-Nkunda aux travaux de la Commission de suivi ; retrait du processus de Goma de la composante Maï-Maï. Que reste-t-il encore de l’Acte d’engagement signé à Goma le 23 janvier par toutes les parties ayant pris part à cette conférence ? Plus grand-chose, si ce n’est plus qu’un chiffon bon pour la poubelle et qui sonne sûrement déjà la reprise des hostilités.

Vendredi 22 févier, Le Comité national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda annonçait le retrait de sa délégation de toutes les rencontres initiées dans le cadre de la mise en œuvre de l’Acte d’engagement signé par tous les groupes armés le 23 janvier 2008 à Goma. Acte qui sanctionne les travaux de la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement des provinces du Nord et du Sud-Kivu. Le mouvement rebelle dirigé par Laurent Nkunda s’insurge ainsi contre les allégations, selon lui, faisant état de 30 civils massacrés par les combattants du CNDP entre le 16 et 18 janvier 2008 à Kalonge, dans le territoire de Masisi. Allégations ou accusations portées par le porte-parole de la Monuc.

Aussi, Nkunda exige-t-il qu’une enquête mixte, constituée de la Monuc, du gouvernement congolais et du CNDP soit mise sur pied pour vérifier les faits. Car, dans sa déclaration à la presse, Laurent Nkunda estime que le porte-parole de la Monuc est « allé plus loin », en précisant que des victimes étaient des « Hutu ». Déclaration «grave dans une région très sensible », souligne Nkunda, allant jusqu’à envisager le remplacement de l’actuel porte-parole de la Monuc qui ne « serait pas neutre ».sic

Samedi 23 janvier, c’était le tour des groupes Maï-Maï de se retirer du processus de Goma. Ils justifient leur décision par le non respect du calendrier et du chronogramme des activités de suivi de la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement du Kivu.

Ces décisions sont graves de conséquences. Elles portent un coup dur au processus de cessez-le-feu et violent l’Acte d’engagement de Goma tant dans son esprit que dans sa lettre. Car, les groupes Maï-Maï et le CNDP-Nkunda sont deux composantes importantes, signataires de cet acte. Dès lors qu’elles ont décidé de se retirer du processus, il ne reste plus que les FARDC, le gouvernement. Comment alors appliquer ou faire respecter l’acte et les résolutions ou recommandations face à des partenaires qui se disent ne plus être concernées ? Impossible. L’Acte d’engagement vient de voler en éclats. Tout est désormais possible. La reprise des combats au regard des violations répétées du cessez-le-feu n’étonnerait pas.

Sans surprise

Ces derniers revirements ne surprennent pas. Le Potentiel figure parmi ceux-là qui s’inquiétaient de l’après-Goma qui s’annonçait plus difficile que l’avant-Goma. Tout simplement parce qu’au-delà des divergences inter-ethniques, il existe bel et bien des enjeux beaucoup plus importants. Nkunda vient de l’effleurer en parlant « d’une région sensible » lorsque le porte-parole de la Monuc précise que les victimes sont des « Hutu ». Comme s’il venait de lui prêter le flanc, NKunda n’attendait que ce prétexte pour rebondir. En plus de ce fait que cette décision intervient après les incidents de Kamina, poussant le CNDP à crier à la «discrimination » vis-à-vis du gouvernement.

La Conférence de Goma n’est donc pas allée au fond du problème. La guerre du Nord-Kivu a d’autres motivations, d’autres enjeux. Ainsi, ces réactions ne sont là que des entourloupettes pour ramener ces conflits armés aux mêmes dimensions que celles qui ont créé le Kosovo. Ce serait peut-être le vrai agenda caché qui explique justement les enjeux régionaux de l’instabilité au Kivu.

Quant au retrait des Maï-Maï, il ne peut s’agir que des conséquences économiques. Le fait de justifier le retrait par le non respect du calendrier et du chronogramme des activités de suivi de la Conférence de Goma n’est qu’un prétexte. Car, les groupes Maï-Maï font partie de ce mécanisme de suivi. Pourquoi ne pas exercer une pression réelle sur ceux qui retardent les choses plutôt que de les accélérer ? Mais quelles sont ces parties qui trouvent leurs comptes dans ce retard ? Seules la survie, les raisons économiques justifient ce genre de comportements. Tous ces groupes armés ont maintenant peur du lendemain, de perdre « leurs territoires » transformés en eldorado et en far west. Le CNDP-Nkunda ayant fourni le prétexte pour retarder le désarmement, chaque groupe use désormais des subterfuges pour faire de l’Acte d’engagement de Goma un vrai chiffon.

Sortir du tunnel

Ces suspensions ou retraits cachent bien des agendas cachés. Par conséquent, ils appellent à des réactions conséquentes pour sauver la paix en faisant appliquer les résolutions de Goma. Le fait que l’on s’en prenne facilement à la Monuc prouve à suffisance que l’on connaît bien ses limites et celles de la Conférence de Goma. Certes, la Monuc précise bel et bien que l’enquête a été menée de façon professionnelle, sans a priori ni parti pris. Mais quels sont les moyens dont la Monuc dispose pour faire entendre « ses arguments » et dissuader le CNDP à ne pas la narguer en soulevant un « problème passionnel » ? Tant que le mandat de la Monuc ne sera pas requalifié, elle rencontrera des résistances capables d’entamer sa crédibilité, de la tourner en dérision. C’est donc la Communauté internationale, c’est-à-dire Onu, Union européenne, Union africaine, témoins de la signature de cet acte qui sont interpellés, en plus des Etats-Unis.

Mais au plan interne, il est question de s’approprier cette situation et d’en faire réellement une affaire nationale. D’abord, il faut s’empresser de casser cette spirale des « conférences » qui ne profitent qu’à quelques « opportunistes » et « vautours » de mauvais augure.

Il revient au Parlement, Assemblée nationale et Sénat réunis en Congrès, d’endosser les actes de la Conférence de Goma. Question de ne plus laisser à quelques hauts responsables du gouvernement de donner l’impression de mener seul le « grand boulot ».

Certes, réagissant au retrait des Maï-Maï et du CNDP, le ministre d’Etat Denis Kalume, en charge de l’Intérieur déclare que « les actes d’engagement furent signés en fonction de bonne foi des parties. Le gouvernement a pris deux engagements, et ceci sur recommandation de la conférence et à la demande du CNDP. La première recommandation, c’est sur la signature d’une ordonnance créant une structure baptisée Commission mixte pour la paix et la sécurité. Il y a une ordonnance qui a été signée par le président de la République. Cette ordonnance devrait être suivie par une ordonnance de désignation des animateurs de la structure. Tous les groupes ont donné les noms et il n’ y a que le CNDP qui n’a pas encore communiquer les noms de ses délégués. Donc, pour nous, nous avons honoré nos engagements. Nous avons l’obligation d’aller jusqu’au bout. L’objectif, c’est la paix. Et celui qui veut prendre la responsabilité d’étouffer cet esprit dans l’œuf, n’a qu’à prendre cette responsabilité. Mais le gouvernement est décidé à aller de l’avant. Ce processus de paix, nous sommes déterminés à le faire aboutir. Quel que soit le cas, nous devons arriver à la paix même s’il faut l’imposer ».

Belle démonstration de l’élan de détermination de la part du gouvernement. Mais la réussite passe justement par l’implication de toutes les institutions nationales, le recours à des partenaires tout aussi déterminés que le gouvernement à combler les insuffisances d’une armée en pleine restructuration. Au-delà, réactiver une diplomatie tous azimuts pour impliquer les pays voisins, tel que le Rwanda qui n’est nullement étranger à ce qui se passe en RDC au regard de ce prétexte sempiternel sur la présence des Interahamwe, des FDLR. Or, ces derniers se disent non concernés par les Actes de Goma, mais disposent d’une puissance de feu qui fait réfléchir toutes les parties dans le programme DDR.

Au demeurant, l’équation risque de se compliquer davantage dans les prochains jours si Kinshasa ne s’engage pas totalement au plan national et n’implique pas tous les témoins à la signature de l’Acte d’engagement de Goma qui est en train de voler en éclats. Il sera alors difficile de sortir du tunnel.

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dimanche 24 février 2008

L'ONU confirme le massacre d'au moins 30 civils par le camp Nkunda

La Mission de l'ONU en République démocratique du Congo (Monuc) a confirmé mercredi le massacre d'"au moins 30 civils" en janvier par des éléments du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) du chef rebelle Laurent Nkunda dans des villages du Nord-Kivu (est).

"Des éléments de preuve indiquent (...) que des éléments du CNDP auraient tué au moins 30 civils à Kalonge et dans les villages alentours entre le 16 et le 20 janvier 2008", a déclaré Kemal Saïki, le porte-parole de la Monuc au cours d'un point presse à Kinshasa. En janvier, les autorités locales avaient affirmé à l'AFP qu'au total, une quarantaine de villageois avaient été tués par le CNDP près des localités de Nyamitaba et Kalonge, situées à plus de 60 km au nord-ouest de la capitale provinciale Goma.


"Les éléments du CNDP auraient commis ces actes, apparemment prémédités, à titre de représailles contre la population civile", à laquelle ils reprochaient de s'être "réfugiée dans une zone contrôlée par le Pareco (Patriotes résistants congolais)", un groupe d'auto-défense local Maï Maï, très hostile au CNDP, a poursuivi M. Saïki. A l'époque, CNDP et Pareco s'étaient mutuellement accusés d'avoir massacré des civils, évoquant des bilans allant de 20 à plus de 30 tués.


Le chef de poste de Nyamitaba (administrateur civil), Emmanuel Munyamariba, avait affirmé à l'AFP que le CNDP pourchassait les villageois jusque "dans les champs et dans les maisons isolées dans la brousse" pour les abattre. Il avait affirmé que 31 personnes avaient été tuées près de Nyamitaba et 12 autres à Kalonge, des villages proches d'un des bastions de Nkunda dans le Masisi (Nord-Kivu). "Nous nous demandons pourquoi le CNDP, qui a envoyé ses délégués à la conférence de paix, est en train de nous tuer ici", avait déclaré M. Munyamariba, alors que se tenait à Goma une conférence pour la paix et le développement dans les Kivu. A l'issue de cette conférence, le 23 janvier, tous les groupes armés actifs dans les Kivu ont signé un "acte d'engagement" pour une cessation immédiate des hostilités. Depuis, des dizaines d'accrochages ont été signalés au Nord-Kivu, impliquant le plus souvent des groupes locaux Maï Maï et le CNDP. Par ailleurs, la Monuc a condamné les "graves violations des droits de l'Homme" commises par les militaires de la 2e brigade des Forces armées de RDC (FARDC) au Nord-Kivu. Des éléments de cette brigade "auraient tué plusieurs civils dans le village de Musezero, à environ 50 km au nord-ouest de Goma, le 2 janvier 2008". Les enquêteurs de la Monuc ont pu établir l'identité de "huit personnes tuées, dont trois enfants", et fait état d'une personne disparue. La Monuc déplore qu'"aucune enquête judiciaire" n'ait été ouverte jusqu'à présent dans ces deux affaires.